Le blog de Christine Ontivero

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Je leur dois beaucoup

Si j'ai le plaisir d'exercer le beau et difficile métier d'attachée de presse, ce n'est pas à la suite d'études dans une école pompeuse où on apprend tout, sauf le bon sens.

Je suis arrivée dans la profession grâce à deux hommes aujourd'hui disparus. On vient de m'informer du décès du deuxième et, spontanément, j'ai eu envie de leur rendre hommage, sans oublier le premier. Parce qu'ils m'ont donné ma chance, parce qu'ils ont cru en moi, non diplômée de l'EFAP, de SUP de CO, ou d'HEC, parce que sans eux ma vie aurait été probablement différente, je voulais leur exprimer toute ma reconnaissance.

J'ai 26 ans lorsque Robert Michel,  directeur du Comité Interprofessionnel des Vins Doux Naturels me recrute, en avril 1981, au poste de chargée des relations publiques. Je ne connaissais rien au vin ni à ce métier de relations publiques/relations presse. J'étais "simple" secrétaire de direction dans une société de construction de pavillons individuels. J'avais répondu à une annonce pour un poste de secrétariat, pas de chargée de communication. Robert Michel était un homme introverti, peu à l'aise en public, mais non dénué d'humour pour qui savait le mettre en confiance. Il m'avait choisie parce qu'il avait décelé, lors de l'entretien d'embauche, un goût pour les relations humaines et surtout parce qu'il voulait recruter une collaboratrice qui ne serait pas la fille de..., comme l'était celle que je devais remplacer. Oui, en France, ce n'est un secret pour personne, certains élus ne se privent pas d'imposer leur fille, belle fille, nièce quand ce n'est pas leur maîtresse ou épouse... Suivez mon regard !  C'est aussi très répandu dans le monde du vin. Ayant eu à subir le caractère impossible et la prétention de celle qui m'avait précédée, il m'avait recrutée "en catimini". Pendant un an, j’ai beaucoup souffert du mépris que me témoignaient les différents présidents. Il a fallu les encouragements de mon père pour que je ne renonce pas.

Et puis, au bout d'un an, humiliation suprême, ces mêmes présidents décident de recruter un spécialiste de la communication, diplômé d'HEC, puisque, avec mon simple baccalauréat je n'étais forcément pas à la hauteur. Ils ne cherchaient même pas à savoir si j'avais les capacités ou pas. C'étaient, pour la plupart, des vignerons ou des négociants, probablement eux aussi sans diplômes mais, déjà, c'était le parchemin qui faisait autorité, pas les compétences.

Je m'étais mise en quête d'un autre job car j'avais la hantise d'être laminée par cette nouvelle recrue, comme je l'avais été, pendant 4 mois, le temps de son préavis, par la personne que j'ai remplacée. Tout ce que je faisais était nul, je n’arriverais à rien, je n’avais pas l'étoffe, etc.. Ces appréciations négatives étaient mon quotidien. Rien de tel pour vous faire perdre pied. J’étais au bord de la dépression. Et il est vrai que dans ce genre de situation, on se sent tellement inutile qu'on a envie de disparaître. Par la suite, j’ai su qu'elle "me faisait payer" sa démission forcée car le directeur ne supportait plus d'être traité de con et de minable par cette belle-fille de..., forcément meilleure que nous tous.

Le responsable marketing et communication tant désiré, débauché du CIVB Bordeaux, arriva en 1982. Stature imposante - 1 m 99 - longiligne, il n'en finissait pas de se déplier quand il quittait sa chaise. On lui avait présenté "celle qui ne servait pas à grand chose" comme une assistante, à sa disposition, et surtout à ses ordres. Il n'en a rien fait et na pas manqué, dans les mois qui ont suivi, de me confier le peu de considération que ces Messieurs avaient à mon égard, pour ne pas dire le mépris. Peu de temps après son arrivée, il me suggère de demander à tous les vignerons et négociants, un exemplaire des différentes étiquettes de Rivesaltes, Muscat de Rivesaltes, Banyuls et Maury qui habillaient leurs bouteilles afin de pouvoir faire une étude sur ce sujet. J'avais pris l'initiative de réunir cette collection bien avant son arrivée et je la lui montrai donc aussitôt. Je n'oublierai jamais son regard, son rire et cette phrase qui m'a tant redonnée confiance : "eh bien, à quoi je sers maintenant ?". Quelque jours plus tard, il me demande si j'accepte de représenter le CIVDN dans une réception car cela l'ennuyait. J'étais personnellement très à l'aise dans ce genre de circonstance. "Nous sommes donc faits pour nous entendre" avait-il répondu. S'en sont suivies 15 années de travail à ses côtés au cours desquelles j'ai pu apprécier ses qualités humaines, son très grand professionnalisme, aussi grand que sa stature, et son humour, car lui aussi n'en était pas dénué. J'ai beaucoup appris à ses côtés. En 1997, j'ai choisi de créer ma propre agence. Il n'avait pas été très agréable au moment de mon départ, probablement se sentant "lâché". J'en avais été très affectée. Puis, nous nous sommes retrouvés voici 5 ans, partageant une à deux fois l'an des repas avec nos conjoints respectifs.

Il s'est éteint dans la nuit du 31 juillet au 1er août, à son domicile, dans son sommeil, emporté par le cancer, comme Robert Michel quelques années plus tôt.

Il s'appelait Johannès Van Leeuwen. Hans pour les intimes.

Hans, au moment où j'écris ces lignes, je ne peux contenir mon émotion. Sans la confiance que tu m'as témoignée, je ne serais pas ce que je suis aujourd'hui. Merci. Tu étais un très grand Monsieur, dans tous les sens du terme !

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Invité dimanche, 18 août 2019



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