Le blog de Christine Ontivero

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Vive 2009 !

On a failli...

devenir fous comme la vache
trembler comme le mouton
s’étouffer comme le poulet

Mais on a survécu.
On devrait donc ne pas être écrasés par la crise



Cette année débute en fanfare avec des journalistes qui se croient de plus en plus tout permis.

Une que j'avais invitée à un voyage de presse me répond positivement mais me demande de m'occuper, en plus, de son billet de train pour se rendre d'abord dans une ville voisine. Et puis quoi encore ?
Je n'empêche personne de profiter d'un déplacement pour aller visiter d'autres lieux avant ou après, quoi de plus normal ? Mais ce qui n'est pas normal c'est que l'on ait le culot de demander à l'attaché de presse de s'occuper
d'acheter le titre de transport pour cet "extra".
Si ce type de demande se fait de plus en plus fréquente n'est-ce pas parce que attachés de presse et clients acceptent tout et n'importe quoi ? Par peur. Peur de quoi ? De ne pas être bien considéré, donc mal noté par le journaliste ?
Sion arrêtait de cautionner ce genre d'attitude,  ces "tout m'est dû" cesseraient sûrement
de se comporter ainsi ?

Dans le même ordre d'idée, un autre voulait bien venir, mais il voulait profiter du voyage pour aller tester d'autres lieux.
Parce que je considère que cela fait partie du métier de rendre service à un journaliste, je me plie en 4 pour lui  trouver d'autres établissements susceptibles d'accepter de co-financer son déplacement. Voici la suite.

Bien entendu, je ne donne pas le nom des personnes concernées car il ne s'agit pas de faire de la délation mais juste d'apporter mon témoignage quant à mon ras-le-bol. Ras-le bol que les magazines ne payent plus les reportages de leurs collaborateurs et exigent d'eux qu'ils obtiennent des attachés de presse toutes les facilités.
On veut bien, on accepte parce cela permet de faire connaître nos clients mais... faut pas abuser.

Donc, un journaliste pour lequel  j'avais passé du temps à tout organiser, a annulé le voyage prévu. J'en suis encore toute retournée même si cela ne devrait plus m'étonner. Voici une partie de l'e.mail que je lui ai envoyé.

"Nous annulons donc. Je m’autorise toutefois à te dire que je trouve la façon dont tu me l’annonces
on ne peut plus cavalière.
On se connaît depuis de nombreuses années, j’ai toujours tout fait pour tenter de t’aider dans ton travail
d’enquête – cela fait partie de mon métier et je dirais même que c’est une priorité – mais sur ce coup, j’ai
du mal à avaler la couleuvre.
Dans mon métier, on en avale pas mal et, d’ailleurs, de plus en plus, puisque les magazines donnent
de moins en moins de moyens aux journalistes. Ils veulent des articles mais il faut que cela ne leur
coûte rien. Conclusion, les pigistes doivent trouver des solutions avec les attachés
de presse pour faire prendre en charge leur voyage. Cela fait 28 ans que j’exerce ce métier et j’ai l’habitude.
Cette pratique n’est malheureusement pas très déontologique, mais elle est entrée dans les moeurs et je n’ai
pas connu la période où la presse était vraiment libre. Déjà, en 1981, lorsque j'ai débuté, il fallait payer les voyages aux journalistes pour espérer avoir un article.

Concernant le cas qui nous préoccupe, lorsque tu m’as dit que tu ne pouvais participer à mon voyage de presse
qu’avec un arrangement te permettant de visiter d’autres établissements, j’ai parfaitement compris et j’ai tout
fait pour que cela s’organise dans ce sens. C’était l’intérêt de mon client.
Comme je ne suis pas en charge de la communication de la ville
concernée, je me suis arrangée avec mon client afin qu’il voit avec ses confrères s’ils accepteraient
de co-financer ton déplacement. J’ai donc oeuvré dans ce sens et mon client, comme moi ou ma collaboratrice, avons passé le temps voulu sur ce sujet. Nous ne nous en plaignons pas, cela fait partie
de notre travail. En revanche, lorsque, au bout du compte, on en arrive à une annulation, sans le moindre
mot d’excuse ou sans appel, avec juste un “je préfère annuler dans ce cas ce voyage”, parce que je me suis
autorisée à te faire remarquer que tu avais tout le temps de fureter comme tu le souhaitais le matin et l’après-midi,
on ne peut être que stupéfaite ! Et je le suis. J’ai l’impression d’être punie d’avoir osé dire que le fait que
tu ne manges pas dans l'établissement prévu me posait problème vis à vis de mon client.

Je m’en suis entretenue assez longuement ce matin avec ton chef de rubrique. Celui-ci m’a confirmé qu’il te demandait, à chaque fois, de lui ramener 3 à 4 adresses,
ce dont je ne doute pas. Dans le cadre de ce voyage, tu avais la possibilité de tester 4 restaurants,
dont deux appartenant à mon client : le restaurant gastronomique et la brasserie.
Lorsque tu m’as demandé de t’organiser le voyage afin que tu puisses tester d’autres restaurants, j'ai consulté  les guides gastronomiques et les restaurants que j'y ai trouvés semblaient être incontournables.
Nous nous sommes rapprochés d'eux pour leur demander de prendre également en charge une partie
de ton déplacement. Ce qu'ils ont accepté.

Il me semble donc que j’ai tout mis en oeuvre pour répondre à ton attente. J’en déduis que le
temps prévu pour le déjeuner dans l'un des restaurants de mon client serait utilisé pour tester un autre restaurant que tu découvrirais au hasard de ta promenade ou parce qu'on t'a parlé d'une autre adresse que tu aimerais bien découvrir.
Si tel est le cas, après tout, pourquoi pas ? Mais dans ce cas, n’est-il pas normal
que ton voyage soit aussi financé par cet établissement ?
Pourquoi certains payeraient et d'autres non ?

Depuis le temps que nous nous connaissons – presque 20 ans – j’ai toujours fait preuve d’écoute et
de compréhension par rapport à tes besoins. Il en est de même pour tous tes confrères sauf quand
j’estime que cela dépasse les limites de l’acceptable.
Mes clients doivent payer pour la partie qui les concerne mais pas pour les autres sujets. Quoi de plus légitime ? Qui oserait contester cela ?
Nous comprenons et acceptons que les journalistes
soient libres de mener leur enquête et de faire une critique honnête – s’ils n’ont pas aimé quelque chose
ils  doivent pouvoir l’écrire – même si le client a payé. Et je pense qu'il n'y a pas un seul journaliste qui puisse dire
que je ne lui ai pas laissé cette liberté
. Je l’écris même à mes clients, en préambule de toute collaboration car un homme averti en vaut deux, c'est bien connu.

De même que je ne cautionne pas les magazines qui font du publi-rédactionnel et qui font passer cela pour du vrai rédactionnel.

Voilà je regrette que l’on en arrive là. Mais... Je ne peux pas tout accepter. Il y a des limites."


Il n'y a pas que moi qui refuse de me mettre à plat ventre pour satisfaire les "caprices" de certains journalistes qui se prennent pour des divas. Un ami restaurateur, qui ne pratique pas la langue de bois, n’a pas hésité à refuser de servir un critique gastronomique connu qui, ayant réservé pour 13 h, trouvait normal d’arriver avec plus d’une heure trente de retard sans avoir pris la peine de prévenir. « Ces types me surprendront toujours. Ils se prétendent professionnels, or ils devraient savoir que nous sommes tenus de respecter les horaires de travail de nos équipes. Quand les cuisines sont fermées, il n’y a plus rien à faire. Se pointer à 14 h 30 relève du plus profond des mépris pour le travail des autres ».

Est-il permis de rêver que la profession, dans son ensemble, fasse preuve d'un peu plus de modestie, d'un peu plus de courtoisie et qu'elle adopte un vrai code de déontologie ? Le métier de journaliste ne signifie pas "tout m'est dû". OK, les attachés de presse sont à votre service, leur devoir est de vous renseigner, de vous faciliter la tâche, de tout mettre en oeuvre pour que votre travail d'enquête se fasse dans les meilleures conditions. Cela ne doit pas vous empêcher de perdre de vue que, comme tous les êtres humains, vous n'êtes pas grand chose sur la planète terre qui, elle même, n'est pas grand chose dans l'univers.

Après la nuit des Césars, la nuit des Molière, la nuit des Nombrils ???

Je vous invite à méditer sur le petit conte d'Olivier Clerc écrivain et philosophe !

Imaginez une marmite remplie d'eau froide dans laquelle nage tranquillement une grenouille.
Le feu est allumé sous la marmite, l'eau chauffe doucement. Elle est bientôt tiède.
La grenouille trouve cela plutôt agréable et continue à nager.
La température continue à grimper.
L'eau est maintenant chaude.
C'est un peu plus que n'apprécie la grenouille, ça la fatigue un peu, mais elle ne s'affole pas pour autant. L'eau est cette fois vraiment chaude.
La grenouille commence à trouver cela désagréable, mais elle s'est affaiblie, alors elle supporte et ne fait  rien.
La température continue à monter jusqu'au moment où la grenouille va tout simplement finir par cuire et mourir.
Si la même grenouille avait été plongée directement dans l'eau à 50°, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l'aurait éjectée aussitôt de la marmite.  Cette expérience montre que, lorsqu'un changement s'effectue d'une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte.
Si nous regardons ce qui se passe dans notre société depuis quelques décennies, nous subissons une lente dérive à laquelle nous nous habituons. Des tas de choses qui nous auraient horrifiées il y a 20, 30 ou 40 ans, ont été peu à peu banalisées, édulcorées, et nous dérangent mollement à ce jour, ou laissent carrément indifférents la plupart des gens.
AU NOM DU PROGRÈS et de la science, les pires atteintes aux libertés individuelles, à la dignité du vivant, à l'intégrité de la nature, à la beauté et au bonheur de vivre, s'effectuent lentement et inexorablement avec la complicité constante des victimes, ignorantes ou démunies. Les noirs tableaux annoncés pour l'avenir, au lieu de susciter des réactions et des mesures préventives, ne font que préparer psychologiquement le peuple à accepter des conditions de vie décadentes, voire DRAMATIQUES.
Le GAVAGE PERMANENT d'informations de la part des médias sature les cerveaux qui n'arrivent plus à faire la part des  choses.
Lorsque j'ai annoncé ces choses pour la première fois, c'était pour demain.
Là, C'EST POUR AUJOURD'HUI.
Alors si vous n'êtes pas, comme la grenouille, déjà à moitié cuits,  donnez le coup de patte salutaire avant qu'il ne soit trop tard.

Souvent, je me dis que, lorsque que je serai à la retraite, j'écrirai un livre - qui n'intéressera sûrement pas grand monde - à part ceux qui font mon métier, tellement il y a d'anecdotes croustillantes à raconter sur ce que nous vivons au quotidien. Et je ne suis pas loin de penser que, bientôt, il me faudra une boule de cristal pour devancer les besoins - quand ce ne sont pas les exigences - de certains.

Quelques morceaux choisis :

Envoi de dossiers ou de communiqués par e.mail

"Surtout ne m'envoyez pas vos communiqués par e.mail. Cela encombre ma boîte aux lettres".

Ceux-là devront s'y faire. On ne communiquera bientôt plus que de cette façon.

"Dorènavant, envoyez moi uniquement vos communiqués par e.mail si vous voulez que je traite l'information".

Hum ! Ca sent le copier coller !

Utilisation d'Internet

"Je suis allé sur votre site mais je n'ai pas pu télécharger les images, vous êtes sûre que ça marche ?"

Un petit stage informatique pour apprendre à se servir du matériel serait sûrement le bienvenu.
Eh oui, ma petite dame, nous sommes à la croisée des chemins ! On nous a mis des ordinateurs entre les mains
sans nous donner le mode d'emploi. Ca me rappelle le sketch d'Anne Roumanoff qui se termine par "vous savez ce que ça veut dire PC ? Petit con.


Relances suite à une invitation :

"Si je ne t'ai pas répondu, c'est que je ne suis pas intéressé".

Effectivement, j'ai lu dans ma boule de cristal et j'y ai vu qu'il n'était pas intéressé.

"On se voit  le..."

Lui n'a pas répondu, il ne répond d'ailleurs jamais mais il lui paraît évident que, dans la mesure où il a reçu l'invitation, il vient.
Si nous ne relancions pas, on risquerait d'avoir de belles surprises le jour d'un déjeuner ! Remarquez, on peut toujours manger debout !

"Tu sais, on reçoit tellement d'.e.mails que..."

Et si nous répondions la même chose à ceux qui nous demandent, par e.mail, une information pour finir leur article, forcément dans l'urgence puisqu'on est à leur service ?

Les infos qui passent  à la trappe

"Je fais un article sur tel sujet, peux-tu m'envoyer tes infos ?"

"Mais je viens de t'envoyer justement un beau dossier sur ce thème, tu ne l'as pas reçu ?"

"Possible mais c'est plus simple que tu me le renvoies".

"J'ai bien reçu ton e.mail avec les prix demandés, mais il faudrait me le renvoyer car je ne le trouve plus".

Un e.mail reçu un samedi à minuit : "Merci de faire envoyer la bouteille de... à la rédaction de..., il nous la faut pour lundi matin sans faute."

Dommage que les bouteilles ne puissent pas être envoyées par Internet !

Envoi d'échantillons

"Surtout, ne m'envoie plus d'échantillons. Ca me donne trop de travail d'ouvrir tous ces cartons. Si j'ai besoin, je te demanderai".

"Comment voulez-vous que je parle d'un produit si vous ne me l'envoyez pas "

"Tu peux renvoyer la bouteille que tu avais fait envoyer pour photo car on ne la retrouve pas "

"Je suis désolée, le photographe a bu la bouteille que je t'avais demandé de lui envoyer pour photo, sois sympa de la lui faire renvoyer".

Appels dans les rédactions pour savoir qui fait quoi et comment

"vous n'avez qu'à acheter le magazine, vous verrez bien ! Vos clients vous payent assez cher non ?"

Effectivement, si on devait, tous les jours acheter tous les quotidiens, toutes les semaines tous les hebdos, tous les mois tous les mensuels, nos clients ne nous payeraient pas assez chers puisque les fichiers presse auxquels nous sommes abonnées recensent pas moins de 6.700 médias français.

Mieux vaut en rire !


Du côté des clients

"Je viens de recevoir le numéro... du magazine... et je constate que nous n'avons pas été sélectionnés. Je ne comprends pas. Ce sont toujours les mêmes. Qu'est-ce qu'on a de moins  ?"

"Question légitime mais formulée avec un brin de paranoïa"

"Christine, il faut que tu fasses quelque chose pour que la prochaine fois on soit dans le spécial vins de... C'est pas normal qu'on n'y soit pas".

"Dommage, je n'ai pas de baguette magique".

"Article paru dans le magazine ... et rien sur nous. Comment ça se fait ?"

"Ceux -là ont sûrement été très gâtés lorsqu'ils étaient enfants ou, au contraire, très frustrés".

"Le sujet sur... vient de paraître et nous ne sommes malheureusement pas sélectionnés. Est-ce que tu peux te renseigner après de... afin de savoir si c'est que nos vins n'étaient pas présents - peut-être que le syndicat ne nos a pas sollicités, ou est-ce que nos vins n'ont pas plu, est-ce qu'ils se sont mal dégustés ?"

"Quelle délicatesse. On en redemande !"

Certains vignerons ne répondent pas aux appels à échantillons, soit par paresse, soit parce qu'ils sont convaincus que, de toutes façons, les journalistes parleront d'eux tellement ils sont au-dessus des autres !
Et si les journalistes arrêtaient de "jouer leur jeu" ? Imaginons que tous  les vignerons se comportent ainsi, comment les journalistes pourraient-ils faire leurs articles, leurs guides, etc... ?
Le résultat, c'est que les journalistes prennent le temps d'aller goûter chez ces vignerons très sûrs d'eux et qu'ils sont donc "favorisés" puisque leurs vins sont dégustés dans un contexte privilégié où ils peuvent  enjoliver leur façon de travailler.
Lorsque je m'émeus de ce genre de situation, les journalistes me répondent : "tu comprends, si ces vignerons vedettes de l'appellation ne sont pas dans mon article ou dans mon guide, que vont penser mes lecteurs ?"
Eh bien moi je prétends que si vous arrêtiez de "leur servir la soupe", au bout de quelque temps, lorsque leurs clients ne les verraient plus dans les guides en question, ils finiraient pas comprendre qu'ils doivent, comme les autres, présenter leurs échantillons aux différentes sélections.
Mais tant que vous vous mettez à plat ventre devant eux, il n'y a pas de raison pour qu'ils ne continuent pas de
se regarder le nombril !
Où est l'équité dans tout ça ? Faut pas s'étonner ensuite si les vignerons vous soupçonnent de favoritisme !




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